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jeudi 8 décembre 2016

Hommage à Robert Hoffmann (16/09/1924-30/11/2016)


         Robert Hoffmann est né le 16 septembre 1924 à Bischheim dans une « famille rouge ». Son père avait fait la guerre de 14/18 dans la marine allemande et y avait rencontré des révolutionnaires. Le père emmenait ses enfants aux fêtes, manifestations et discussions politiques. Robert fit ses études primaires à l’école de son quartier puis un apprentissage d’ajusteur.

         Robert aimait à raconter que, ses parents n’étant pas pratiquants, les enfants se sentaient mis au ban de l’école. Le père les retira de l’enseignement religieux (obligatoire) après que, grièvement blessé par la foudre qui était tombée dans la cour de l’école, Robert fut déclaré publiquement païen puni par Dieu.

          En 1939, la famille fut évacuée en Dordogne, mais le père, syndicaliste, fut interné par les Français au Château-Sablou. La famille rentra à Bischheim en juillet 1940. Le père fut alors interné par les Allemands au camp de Schirmeck. La CGT et le parti communiste essayèrent de reconstituer un embryon d’organisation à partir des ateliers de Bischheim. Georges Wodli
 faisait la liaison entre Paris et l’est de la France.

          Robert a vécu de près cette activité militante puisque la ronéo qui servait à imprimer les tracts clandestins était cachée dans la cabane du jardin des Hoffmann. La sœur de Robert, qui avait été secrétaire de Georges Wodli, tapait les textes. 


         En 1943, Robert fut enrôlé au service de travail obligatoire pour le Reich (le Reich Arbeits Dienst), qui dura trois mois en Bavière. Il fut ensuite incorporé dans la Wehrmacht en avril 1943. Envoyé sur le front russe, il déserta en janvier 1944, une semaine après son arrivée. Son père fut alors à nouveau interné pendant six mois au camp de Schirmeck, en rétorsion de la désertion de son fils. Il ne fut libéré que parce que les Allemands, ayant perdu la trace de son unité, le crurent mort.


         Robert fut envoyé par les Soviétiques au camp de Tambov en mai 1944. En juillet 1944, Robert Hoffmann fit partie des 1 500 Alsaciens libérés du camp, sous la conduite du général Petit. Ils furent dirigés d’abord sur Téhéran, puis sur Tel-Aviv, puis sur l’Italie. Ils finirent par débarquer à Alger en septembre 1944. Robert rentra ensuite en France par le sud de l’Italie, comme mécanicien dans le 11e génie. Il fut démobilisé en août 1945.


          Robert entra alors à la SNCF, adhéra à la CGT et au Parti communiste. Il fut élu responsable des jeunes au secrétariat de l’Union des syndicats de cheminots CGT d’Alsace et de Lorraine en 1949, puis responsable du dépôt d’Hausbergen. Le parti communiste était à reconstituer, il fallait former des cadres. La première école à laquelle participa Robert Hoffmann eut lieu à Saverne, en 1946, avec la participation de Maurice Thorez. 


         En octobre-novembre 1950, il prit un congé sans solde et participa à la délégation française conduite par le général Petit, qui se rendit à Tambov et Moscou pour faire le point sur les Alsaciens disparus du camp. En 1950 il fut élu au comité fédéral. En 1953 il fut pendant quelques mois membre du secrétariat fédéral. Robert aimait à raconter comment, fin des années 50, sa fonction de responsable à la sécurité à la SNCF lui permit de faire passer clandestinement vers l’Allemagne de l’Est des membres du FLN blessés.


         Robert a participé pendant de nombreuses années à l’installation du stand de l’Alsace à la Fête de l’Humanité de Paris. Il prenait, comme les autres camarades, sur ses jours de vacances pour monter et démonter le stand, servir les repas, très fier de la bonne renommée de la choucroute et de l’orchestre.


         Lorsque Robert s’installa à Saverne avec son épouse Jeanne, il assuma pendant de nombreuses années la fonction de secrétaire de section du Parti. Il fut également plusieurs fois candidat dans la région de Saverne, aux cantonales ou aux législatives. C’était un débatteur passionné y compris sur des terrains où on ne l’aurait peut-être pas attendu, par exemple la défense farouche du statut de bouilleur de cru.

         Cette riche vie militante, Robert l’évoquait volontiers entre camarades. Il s’en est également entretenu longuement avec l’universitaire Françoise Olivier Utard, qui lui consacre un long article dans le Maitron, le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier. Je remercie ici Françoise d’avoir mis cet article à ma disposition.

         Pour ma part, c’est dans ce contexte savernois que j’ai fait la connaissance de Robert, au milieu des années 1980. Lui, le militant chevronné, et moi nouvel adhérent du Parti. Il était ravi de voir arriver du sang neuf et de se dire qu’il pourrait passer le relais en confiance.

         Car avec l’âge, Robert s’est petit à petit retiré du militantisme de terrain, mais a continué de participer assidument aux réunions de section tant que sa santé lui a permis de se déplacer. Et les visiteurs qui venaient sonner chez lui rue des Aubépines à Saverne pouvaient voir sur la table de la cuisine ou du salon : l’Huma du jour, ou de la veille, les DNA du jour –il faut les lire, me disait-il, comme cela tu sais ce que la population a dans la tête – et également l’hebdomadaire « la Terre ». Car Robert suivait de près les évolutions du monde et aimait en débattre, pour comprendre, pour convaincre. Et lorsque ces rencontres pouvaient ses dérouler dans un cadre festif il en était ravi. J’ai déjà évoqué la fête de l’Humanité, mais ce cadre festif pouvait être plus familial, comme par exemple ses anniversaires. Ainsi pour ses 90 ans, sa famille, à laquelle je voudrais ici renouveler mes sincères condoléances, lui a organisé une fête mémorable à l’étang de pêche de Waldolwisheim.

          On le voit, Robert Hoffmann a eu un parcours militant riche, presque hors du commun. Il n’en tirait aucune vanité personnelle et savait que le monde du travail, pour se défendre et pour avancer, ne peut compter que sur l’engagement collectif. Prolonger son action est véritablement la meilleure des façons de rendre hommage à la mémoire de notre regretté camarade.


         Je voudrais terminer par une citation d’Aragon, que Robert aurait sans aucun doute partagée : "Un jour je m’en irai sans avoir tout dit… Malgré tout je vous dis que cette vie fut belle.".

Jacky Dudt 
Secrétaire de la Section PCF Nord Alsace